
Je connais assez bien le sort des Cherokee, dont j’ai découvert l’histoire en habitant dans le Tennessee. Jusqu’au 18ème Siècle, ils vivaient sur sud-est du Tennessee et au sud-ouest de la Caroline du Nord, avec quelques tribus au nord-est de la Géorgie et à l’ouest de la Caroline du Sud.
Leur langue appartient au groupe de langage des Iroquois (Les Grands Lacs). Les Européens les avaient d’ailleurs classés dans l’une des 5 tribus civilisées du Sud-Est, principalement parce qu’ils étaient agriculteurs et vivaient dans des villages. Les Cherokee n’utilisent pas ce terme pour se désigner mais celui de Tsalagi. Le mot Cherokee aurait plusieurs origines dont l’utilisation d’un mot proche utilisé par une autre tribu, les Choctaw pour les désigner (« les hommes des montagnes »).
Aujourd’hui, les Cherokee s’identifient à travers trois tribus : une en Caroline du Nord et deux autres en Oklahoma. Ils sont aussi les plus nombreux, comptant plus de 300 000 membres (parmi les 567 tribus reconnues au niveau fédéral), mais si on y ajoute plusieurs groupes se réclamant Cherokee (certains reconnus au niveau d’État), c’est plus de 819 000 personnes qui seraient Cherokee.
Contrairement aux Osage et aux Shawnee, les Cherokee ont pris fait et cause pour les Anglais au cours des batailles du 18è S. dont la célèbre bataille de Tuscarora et La guerre des 7 ans entre la France et l’Angleterre. Les Cherokee vendaient de la peau de daim aux Anglais. Une délégation sera même reçue en Angleterre par le roi George II. Mais une épidémie de rougeole vint diviser par deux le nombre de Cherokee. Lorsque les Américains gagnèrent contre les Anglais, les Cherokee les combattirent mais perdirent la guerre et durent céder une partie de leurs terres au Tennessee. A l’époque, de nombreux Écossais prirent des épouses Cherokee et prirent fait et cause pour les Indiens. Parmi leurs descendants, quelques-uns furent célèbres. Puis, ils durent abandonner la chasse et on leur imposa la culture de la terre et le tissage, ainsi que l’apprentissage de la culture du coton. Leurs écoles furent construire et dirigées par des missionnaires et les Cherokee s’approprièrent le mode de vie des Américains (tenues vestimentaires, gouvernement local). L’un de leurs leaders dirigea une plantation de coton avec 150 esclaves. L’un de leurs leaders, Sequoyah créa le premier alphabet de leur langue. Une première aux USA malgré la réticence des autorités. Ils rédigèrent aussi leur propre constitution.
Dès la fin du 18ème Siècle, des Cherokee s’installèrent volontairement en Arkansas, au Missouri et au Texas avec les Choctaw et Chickasaw. En 1815, le gouvernement américain les incita à quitter la Georgie en échange de terres en Arkansas (une réserve), ces Cherokee sont surnommés « Old Settlers ».
Les Cherokee s’opposèrent aux Osage dans le Missouri lors de la bataille de Claremore Mound, forçant le gouvernement à installer un fort. Les Osage durent céder leurs terres en 1825 aux Cherokee.
Le chemin des larmes (Trail of Tears)
La chance allait tourner pour les Cherokee avec l’élection du Président Andrew Jackson. Lorsque de l’or fut découvert en Géorgie, le tout nouvel État demanda l’éviction des Indiens de la Georgie. En 1830, le gouvernement signa le Indian Removal Act, autorisant la relocalisation forcée des Indiens situés à l’Est du Missippi vers le tout nouvel « Indian Territory » (Oklahoma). Andrew Jackson prétexta vouloir les protéger de l’extinction comme d’autres tribus, mais il mentait – les Cherokee étant l’exemple même d’une adaptation facile au mode de vie occidental. Malgré un juge qui statua en leur défense (le célèbre Worcester v. Georgia sur la souveraineté du peuple indien), Jackson vendit leurs terres via un système de loterie et les milices blanches occupèrent la capitale de la nation Cherokee.
Certains finirent par accepter un traité qui leur promettait 5 millions de dollars, et 300 000€ de subventions, au grand dam de John Ross, leur plus illustre ancêtre (métis) qui continua de se battre contre cette décision.
2 ans plus tard, 7 000 militaires vinrent forcer les Cherokee, plus de 16 000 à quitter leurs terres et en 1838-1839 les forcèrent à marcher jusqu’à leur nouveau territoire. Cette longue marche devint connue sous le nom du Chemin des Larmes – ils durent marcher sur plus de 1 300 km, à travers cinq états. Les maladies, la faim, la soif décimèrent plus de 4000 d’entre eux. Certains emmenèrent leurs esclaves avec eux, et les familles métis suivirent. John Ross obtint d’organiser seul sa propre marche. Il se vengea de ceux qui avaient signé le traité en obtenant leur élimination. Les tribus Cherokee finirent par se réconcilier.
Il ne faut pas oublier non plus, les tribus restées en Caroline du Nord. Un juriste blanc réussit à obtenir la nationalité de l’Etat de Caroline du Nord pour 600 d’entre eux ; plus de 400 se cachèrent des troupes fédérales dans les montagnes et d’autres obtinrent la nationalité dans les états voisins du Tennessee, de la Georgie et de l’Alabama. Ils forment aujourd’hui la troisième branche officielle des Cherokee. La guerre civile qui opposa le Nord au Sud fit de nombreuses victimes. La plupart se rallièrent aux Confédérés (le Sud) et suite à leur défaite, le gouvernement les força à signer un nouveau traité, imposant la liberté à leurs esclaves. Lorsque la ségrégation fut promue, divisant les habitants entre les « blancs » et les « colorés », les Indiens furent assignés aux colorés. Ils perdirent ainsi tous leurs droits constitutionnels jusqu’aux années 1960.
Les Cherokee se concentrent essentiellement aujourd’hui en Oklahoma et en Caroline du Nord, mais suite à la Grande dépression de 1929, et une nouvelle disposition législative des années 50, les Cherokee se sont installés en Californie (environ 2% de la population), dont beaucoup dans les banlieues de Los Angeles et dans la baie de San Francisco (Oakland).
Culture
Les Cherokee étaient polygames malgré leur culture matriarcale. Les femmes avaient en effet le contrôle des propriétés, et leurs enfants suivaient la lignée du clan maternel. Les sages (les anciens) étaient majoritairement des femmes et lorsqu’ils se mariaient, le couple s’installait avec la famille maternelle. L’oncle maternel était reconnu comme le mentor des enfants et non le père biologique, toujours censé appartenir à un autre clan. Les divorces étaient accordés facilement. Et dans le cas de couples mixtes, le mari Cherokee et la femme Européenne, leurs enfants n’étaient donc pas reconnus comme Cherokee. Par contre, si la mère était Cherokee (comme ce fut le cas pour John Ross), les enfants, dès 1825, étaient reconnus comme des citoyens à part entière.
Les esclaves affranchis des Cherokee obtinrent en 1866 la nationalité Cherokee (carte d’Indien) ; cette disposition fut attaquée en 2007 (leurs descendants n’ayant aucun héritage génétique) mais en 2011, la loi statua en leur faveur.
Les femmes étaient reconnues comme les leaders naturels des Cherokee et il y avait des femmes guerrières. Elles portaient la vie et géraient la vie quotidienne. Ce système fut mis à mal par les missionnaires blancs et les Américains, et l’introduction de l’alcool développa les violences domestiques.
